ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CLAUDE BRETEAU


DE CLAUDE À THIERRY…

 Claude : Qu’est-ce que c’est exactement : le pastel ?
Thierry : Le pastel, c’est du pigment, associé à une charge, le kaolin et le tout est lié par une colle.
Claude : Quand on voit avec quoi tu travailles, on s’aperçoit qu’il y a 5 ou 6 boîtes de couleurs qui comportent, je ne sais combien de bâtons différents, tu en as combien environ ?
Thierry : 600 peut être, répartis en 3 marques de pastel.
Claude : Et tu as besoin de ces 600 bâtons pour travailler ?
Thierry : Je n’en utilise peut-être que 20 à chaque fois, mais, j’ai besoin de disposer de tout ce que la nature nous offre et je dois être libre de choisir toutes les stratégies possibles car il y a des stratégies pour rendre une ambiance. Cela ne se fait pas comme une observation naïve des choses avec un rendu pur et simple. Si c’était le cas, les recettes des revues suffiraient pour apprendre à bien peindre, ce qui n’est pas tout à fait exact.
Claude : Est-ce que tu n’es pas en train de nous dire que quand tu travailles il y a une alchimie; il faut mélanger des couleurs, des qualités de matière peut être ?
Thierry : Oui, bien sûr, il y a la qualité du pigment, la dureté du bâton et puis la manière de fixer le pastel pour obtenir ensuite par la deuxième couche une superposition qui ne se mélangera pas à la couche du dessous. Donc, tout ça constitue des cuisines successives qui permettent d’élaborer une stratégie… Tout un langage !
Claude : Et cela varie en fonction de ton humeur et peut être de ton sujet ?
Thierry : Ça dépend de la saison, de l’éclairage; avec un éclairage ombreux et un peu froid on a tendance à mettre du bleu. Dans un espace très calcaire, on utilisera des jaunes de Naples pour que la lumière des pierres ressorte.
Claude : Le fait de fixer te permet d’abord de consolider ce qui existe et à partir de là tu vas pouvoir faire des superpositions ?
Thierry : Oui, d’abord techniquement fixer, en vaporisant un fixatif, c’est coller la première couche et faire en sorte que la deuxième couche ne vienne pas se mélanger à la première. On obtient une superposition avec des rendus plus riches et plus propres, on touche là une des bases de ma manière de travailler. La première couche installe des fondations, une ambiance et la deuxième sert à affiner certaines choses, à aller voir un peu plus loin comment ça se passe.
Claude : Ça veut dire que quand tu fais un pastel, régulièrement tu es obligé de fixer ?
Thierry : Oui, bien sûr, je fixe 5 à 6 fois en cours d’exécution. La question de la superposition des couches est centrale; comme du reste elle traverse toute l’histoire de la peinture. Elle met en évidence la nature opalescente du pastel, c’est-à-dire translucide comme la porcelaine, entre la transparence et l’opacité. J’applique ces couches sur du papier vergé contrecollé. Aujourd’hui beaucoup de pastellistes utilisent des supports très particuliers « artspectrum ou pastelmat », ce sont des papiers rugueux sur lesquels ils peuvent très peu superposer et parfois
sans fixer. Je trouve ce procédé séduisant, dans l’esprit des esquisses mais il ne conduit jamais à ce travail « en pâte » que j’ai choisi et qui permet d’aller loin dans l’aventure de la peinture.
Claude : Quand on te voit fixer, ça a un côté hyper artisanal !
Thierry : Je fixe toujours avec un vaporisateur à bouche, les élèves des Beaux-Arts appellent ça un souffle en cul. Le fixatif que j’utilise ne noircit presque pas les couleurs, c’est un produit de qualité que je n’ai trouvé que chez Sennelier. J’achète des bouteilles d’un litre, c’est le côté paysan économe qui ressort (rires).

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